Laüna et moi
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Origine du nom Laüna

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C’est en 2012 que ce nom s’est imposé à moi. Il m’évoquait la Lune avec un accent exotique qui me faisait sourire. Et en même temps, il me parlait de mon origine. Les Maoris, peuple de l’eau, lorsqu’ils souhaitent faire la connaissance de quelqu’un, lui posent cette question : “quelle est ton eau ?”. Laüna parle de mon Eau.

La source du gave (c’est ainsi qu’on nomme les torrents dans le massif des Pyrénées) Laün coule dans un lit de marbre rose au cœur du Val d’Azun dans les Hautes Pyrénées. Il porte l’origine de mon nom Trélaün.

Trélaün veut aussi bien dire “Au-delà de la source” que “Les 3 sources”.
Il est une légende qui conte les miracles des 3 sources du Laün. Vers l’une d’elle a été érigée la superbe Chapelle Notre-Dame de Pouey Laün bien ancrée sur son roc. Il faut ascensionner pour y accéder.

 

Souvenir d’enfance

Lorsque, petite fille (enfin, pas vraiment si petite), je me suis hissée sur la pointe de mes treize ans pour atteindre la serrure de la lourde porte de la petite Chapelle Notre-Dame de Pouey Laün et y introduire la grosse clé, il m’a fallu concentrer toute la poigne de mes deux menottes pour parvenir à la faire tourner. Je n’avais jamais vu une aussi grosse clé.

Mon père souriait, c’était à moi d’ouvrir la porte de cette Chapelle qui m’intriguait tant. Je me suis arc boutée dans mes petits souliers pour faire céder la lourde porte de bois.

J’ai pénétré sur la pointe des pieds dans l’espace qui s’offrait à moi. Déjà très sage, j’avais peur de le déranger  et de perturber ce qu’il s’y vivait. Je sentais bien qu’il était habité.

Mon regard a été immédiatement attiré vers la gauche. Elle était là, avec son sourire.J’ai cru qu’elle m’attendait. Au cœur du retable doré à l’or fin, la Vierge me tendait les bras simplement, tellement simplement que je suis restée là, les bras ballants, immobile.  Marie m’accueillait même si je ne savais pas bien ce que cela signifiait. Encore remplie de ma timidité, j’ai regardé le bout de mes pieds. Ils étaient bien sagement posés à même le roc noir qui nous portait toutes les trois, la Chapelle, la Vierge et moi.

C’était rassurant de sentir ce roc, tellement solide qu’il semblait pouvoir traverser l’éternité. Je me suis laissé porter. Instinctivement, j’ai levé la tête comme j’avais coutume de le faire pour suivre la course des étoiles et de la Lune dans le Ciel. Et j’ai rencontré une voûte céleste bleue étoilée, tellement envoûtante que je m’y suis abandonnée. Dans quel monde étais-je ? Tout autour de moi semblait disparu ou suspendu. Il n’existait que la Chapelle, la Vierge, le Roc, la voûte céleste et moi. En moi, il n’existait qui mes yeux qui s’écarquillaient pour envelopper l’infini et mon cœur qui battait le Tam Tam.

Je me tenais là, debout entre Terre et Ciel comme entre deux mains aimantes et enveloppantes. Je me tenais là et le temps, lui-même, s’est effacé devant l’intensité de ce que je vivais.

Je crois que j’ai pleuré, du haut de mes treize ans, je crois que j’ai pleuré sans trop comprendre ce que je vivais. Je revenais à ma source et j’étais accueillie par une Reine avec comme témoins le Ciel et la Terre. J’étais reconnue germe de Femme par ce grand cœur de Femme qui me souriait, débordant d’amour inconditionnel. J’étais reconnue Femme par cette Mère Universelle.

J’ai pleuré secrètement en silence, seule Marie l’a deviné et je crois qu’elle m’a souri… à moi !

Le lendemain, au petit matin, je découvrais des gouttes de sang qui perlaient entre mes cuisses. Mes menstrues s’annonçaient comme si, elles aussi, me signifiaient que j’étais germe de Femme, que j’étais habitée par ce cycle qui m’animait et que je vivais instinctivement au rythme de la Terre. J’avais désormais à le vivre au rythme de la Femme.

Retour aux sources

J’ai oublié ce jour, laissant son souvenir prendre la poussière dans un coin secret dont seules mes cellules avaient la clé. Et puis, un jour, ma fille, s’apprêtant à déployer ses ailes vers le Japon, a souhaité en savoir plus sur son grand-père maternel  (à savoir mon père) qu’elle n’a jamais connu. Elle m’a demandé de l’accompagner dans sa vallée d’origine, le Val d’Azun. Nous sommes retournées à la Chapelle Notre-Dame de Pouey Laün. J’ai de nouveau tenu cette grosse clé entre les mains et elle a ouvert la brèche de mes souvenirs engloutis. J’ai de nouveau ouvert la porte, laissant déferler mes souvenirs. Je crois que j’ai pleuré, pleuré la joie de ce souvenir retrouvé, pleuré cette puissance de Femme qui vibrait en moi. Un cycle s’achevait, un autre prenait son envol.

Le monde de Laüna naissait déjà en moi, mais je n’avais pas réalisé alors qu’il était de la même Eau que moi.

 

Et toi, quelle est ton Eau ? La connais-tu ?

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